udaipur

Les Angles de l'Asie
Asie méridionale et orientale: Terrains, textes et sciences sociales

Territoire et nation. Déclinaison Inde

Francis Zimmermann

Page écrite en janvier 2007 pour apporter un éclairage indianiste à cette question que traitait Alain Delissen le 19 décembre 2006 à partir de la Corée. La bibliographie est complémentaire de celle que proposent Catherine Clémentin-Ojha et Denis Matringe en novembre 2009 pour leur séminaire Représentations du territoire indien.

L'histoire de la construction de la Nation à travers une structuration à la fois idéologique et géographique du Territoire fascine les intellectuels indiens depuis l'émergence des Post-colonial studies dans les années quatre-vingt.

 

motherindia

 

Aborder cette question à partir des études indiennes, c'est plonger dans l'imaginaire collectif et se former aux études littéraires appliquées aux sciences sociales. Les matériaux de notre enquête, en effet, couvrent un très large spectre de textualités indigènes ou coloniales, puisque nous irons du verset sanskrit reproduit sur l'image ci-dessus à quelques réflexions sur A Passage to India de E.M. Forster.

Ce verset sanskrit tiré d'un certain Bârhaspatya Sâstram donne une définition très partiale du territoire de l'Inde, puisqu'il la réduit à l'Hindusthân:

himâlayam samârabhya yâvad indusarîvaram /
tam devanirmitam desam hindusthânam pracaksyate //

«Tout ce qui (yâvad) s 'étend de (samârabhya) l'Himâlaya jusqu'à (varam) l'Indusarî (l'un des noms de la Narmadâ), c'est le territoire (desam), délimité (nirmitam) par les dieux (deva), qu'on appelle (pracaksyate) l'Hindusthân.»

Au sud de la Narmadâ, c'est le Dekkan. Mais, depuis l'Antiquité, dans la construction imaginaire de l'Inde comme territoire dans son unité et dans son identité géographique et religieuse, l'Inde c'est le Nord de l'Inde, la plaine indo-gangétique, autrement dit l'Hindusthân. Définition classique de l'Âryâvarta, «le Territoire des Âryens»: c'est le territoire délimité par deux chaînes de montagnes et deux océans, qui s'étend de l'Himalaya aux Monts Vindhya et de la mer d'Oman au golfe du Bengale. Cf. La Jungle et le fumet des viandes.

 

Le Territoire comme Corps politique

Problématique de Sumathi Ramaswamy (version révisée du début de l'article recommandé à la lecture), qui cite Ghare Bhaire (The Home and the World), un roman en bengali (1915-16) de Rabindranath Tagore (1861-1941):

At a crucial moment in the narrative, Sandip, one of its male protagonists, addresses Bimala, the heroine of the story, and declares passionately: “Have I not told you that, in you, I visualize the Shakti [power] of our country? The Geography of a country is not the whole truth. No one can give up his life for a map! When I see you before me, then only do I realize how lovely my country is.”

This essay is an extended note on these provocative declarations of male devotion to and desire for woman and nation. For, embedded in them is a powerful tension between alternative traditions of spatially imagining “India” as a geographical entity and as a somatic being embodied in the figure of Bharat Mata, “Mother India.” These statements also compel me to ask how the map transforms the nation's territory from geographic space into an intensely human place. What cartographic strategies are used to persuade the citizen-subject that his country is not just any territory but his homeland and motherland for which he should be willing to sacrifice his life?

 

Lectures prioritaires pour le séminaire

ramaswamy_mother_india.pdf   Sumathi Ramaswamy, “Maps and Mother Goddesses in Modern India,” Imago Mundi, Vol. 53, 2001, pp. 97–114. Une version raccourcie vient d'être publiée dans: Richard H. Davis (Edited by), Picturing the Nation. Iconographies of Modern India, New Delhi, Orient Longman, 2007.

L'image reproduite ci-dessus, à partir de la p. 103 de l'article de S. Ramaswamy (Michigan), vient en fait de travaux publiés à New Delhi en 1997 par Christiane Brosius (Heidelberg), auxquels je n'ai pas eu accès. Mais voir la contribution de Christiane Brosius à Picturing the Nation, intitulée «“I am a National Artist”: Popular Art in the Sphere of Hindutva».

prakash_postoriental.pdf    Gyan Prakash, “Writing post-Orientalist histories of the Third World: Indian historiography is good to think” (1990), version révisée et augmentée repr. dans Nicholas B. Dirks, Ed., Colonialism and Culture, Ann Arbor, Univ. of Michigan Press, 1992, pp. 353-388. Trad. française du texte de 1990: Peut-on écrire des histoires postorientalistes du Tiers monde? Réponses de l'historiographie indienne, dans Mamadou Diouf, ed., L'Historiographie indienne en débat. Colonialisme, nationalisme et sociétés postcoloniales, Paris, Karthala, 1999, pp. 39-72.

 

Lectures complémentaires

goswami_swadeshi_swaraj.pdf    Manu Goswami, “From Swadeshi to Swaraj: Nation, Economy, Territory in Colonial South Asia, 1870 to 1907,” Comparative Studies in Society and History, Vol. 40, No. 4 (October 1998), pp. 609—636.

habib_nation.pdf    Irfan Habib, “The Envisioning of a Nation: A Defence of the Idea of India,” Social Scientist, Vol. 27, No. 9/10 (September-October 1999), pp. 18—29.

singh_passage_to_india.pdf    Frances B. Singh, “A Passage to India, the National Movement, and Independence,” Twentieth Century Literature, Vol. 31, No. 2/3, E. M. Forster Issue (Summer-Autumn 1985), pp. 265-278.

Francis Zimmermann, La Jungle et le fumet des viandes. Un thème écologique dans la médecine hindoue, Paris, Gallimard, Hautes Etudes, Seuil, 1982. (Sur la structuration à la fois géographique, biologique et religieuse du Territoire des Âryens.)

Voir aussi (autre piste de recherche) toute la littérature critique sur Kim de Kipling et le symbolisme géographique et nationaliste de la Grand Trunk Road. Bon article de la Wikipedia, s. v. Grand Trunk Road.