|
Les Angles de l'Asie |
|
L’infanticide et le foeticide féminins en Inde et en ChineGaël de Graverol 15 juin 2010 Chine et Inde, deux pays où la préférence traditionnelle pour les garçons se traduit par la pratique répandue et profondément ancrée d’éliminer une importante proportion des fillettes à la naissance — par infanticide actif (homicide) et passif en sevrant le nouveau-né ou en lui refusant des soins médicaux indispensables — comptent à eux seuls pour ¾ du nombre de femmes manquantes à l’échelle de la planète (Cf. Amartya Sen 1990, “More than 100 million women are missing”, New York Review of Books, pp. 61-65). Confrontés pour la première fois à ce phénomène à la fin du XVIIIe siècle, les Britanniques invoquent les logiques de pride and purse, « la fierté et la bourse », pour expliquer ce phénomène alors caractéristique de certaines unités sociales habitant le nord du sous-continent indien. Reprenant cette formule quelque peu lapidaire de l’observateur étranger, nous nous efforcerons de montrer comment le principe hiérarchique fonctionnant à l’intérieur de la caste, associé au fardeau économique que représente la constitution d’une dot (s’inscrivant dans l’opposition entre donneurs et preneurs de femmes) a pu en effet favoriser de longue date l’infanticide féminin. Loin de se résorber dans la période contemporaine, la pénurie de femmes induite par l’infanticide des filles est encore accentuée par la pratique de l’avortement sélectif rendue désormais possible par l’introduction de l’échographie et de l’amniocentèse. En dépit du droit interdisant que les avancées de la médecine anténatale soient détournées à des fins de gender selection, la société indienne intensifie donc sa discrimination à l’égard des femmes. Sans doute la généralisation du système de la dot à des groupes privilégiant autrefois le versement de la compensation matrimoniale (bride price), conjuguée aux profondes transformations économiques à l’œuvre à travers le pays depuis les années 1990 (ouverture à l’économie de marché, monétarisation et mobilité sociale accrues) constituent-elles des facteurs aggravants du phénomène. La situation est tout aussi préoccupante en Chine où la politique de l’enfant unique amorcée en 1979, associée à la décollectivisation agraire, a renforcé la préférence pour les fils malgré une réelle amélioration de la condition féminine permise au cours de la première décennie de la république populaire afin de mieux éradiquer la famille « féodale ». Mais la comparaison Inde-Chine ne doit pas se fixer exclusivement sur l’échelle nationale car les deux pays sont traversés par d’importantes disparités internes. C’est pourquoi cette présentation tentera d’apporter des éléments d’analyses permettant d’intégrer les variations du ratio homme/femme observables de part et d’autre au niveau régional.
Eléments d'une bibliographie Ces textes sont téléchargeables à partir de la page Enfance de la bibliothèque numérique.
claeson_reducing_child_mortality.pdf — Mariam Claeson, Eduard R. Bos, Tazim Mawji, & Indra Pathmanathan, Reducing child mortality in India in the new millennium, Bulletin of the World Health Organization, 2000, 78 (10): 1192–1199. guilmoto_attane_child_sex_ratio.pdf — Christophe Z. Guilmoto (IRD) and Isabelle Attané (INED), The geography of deteriorating child sex ratio in China and India, manuscrit sans date, 11 pages. jha_low_maleToFemale_sexRatio.pdf — Prabhat Jha, Rajesh Kumar, Priya Vasa, Neeraj Dhingra, Deva Thiruchelvam, Rahim Moineddin, Low male-to-female sex ratio of children born in India: national survey of 1·1 million households, Lancet 2006; 367: 211–18. Published Online January 9, 2006 DOI:10.1016/S0140-6736(06) 67930-0
|
|