L'identité de l'Autre, ou Penser la différence
Francis Zimmermann
15 novembre 2011
Quelle que soit la discipline ou la spécialité, c'est-à-dire l'aire culturelle, dont nous relevons, dans le domaine «Asie méridionale et orientale: Textes, terrains et sciences sociales», nous souhaitons faire partager aux étudiants une même règle de méthode et de déontologie qui est de toujours partir du lieu d'énonciation et du contexte de production des valeurs et des institutions propres à la société, la culture, l'époque que nous étudions. Nous nous consacrons à l'étude scrupuleuse d'une autre société, d'une autre culture, d'une autre époque que la nôtre, à partir de ses propres valeurs ou catégories de pensée et de langue et dans la spécificité historiquement construite de ses institutions. Une tradition, une langue, une technique développées et pratiquées dans leur contexte ethnographique sont à chaque fois un ensemble d'institutions sociales et de valeurs. Leur étude implique nécessairement une comparaison entre des sociétés, des cultures et des époques différentes.
«Penser la différence», cette question de méthode préalable à toute recherche asianiste doit être éclairée par la critique des modèles dominants dans les sciences sociales au cours des trente dernières années. Je partirai donc, dans ce séminaire, d'une brève histoire de la mise en question du paradigme du «Grand Partage» [entre Eux et Nous] et de l'Orientalisme dans les années 1970. Puis nous devrons situer les outils d'analyse que nous utilisons aujourd'hui par rapport à la «monographie» classique qui essentialisait les différences et n'évitait pas le danger de tomber dans l'exotisme.
