udaipur

Les Angles de l'Asie
Asie méridionale et orientale: Terrains, textes et sciences sociales

Un paradigme venu de l'est en anthropologie
L'œuvre de Mysore Narasimhachar Srinivas (1916–1999)

Jean-Claude Galey et Francis Zimmermann

 

Jean-Claude Galey ouvrira ce séminaire construit en forme de dialogue avec Francis Zimmermann, en dressant brièvement un portrait intellectuel de Srinivas puis en faisant ressortir la signification, l'importance théorique et l'actualité pour nous, et pas seulement parmi nous les anthropologues ou les indianistes mais aussi bien pour les autres disciplines et les autres aires culturelles d'Asie, des percées scientifiques ou des inventions que nous devons à Srinivas autour des problématiques et des concepts suivants:

  • Relations et distinctions entre castes, sectes et tribus;
  • La «caste dominante»;
  • La «sanskritisation»;
  • L'occidentalisation;

et sur les rapports entre anthropologie et sociologie.

Srinivas est l'inventeur de plusieurs questions et méthodes qui ont renouvelé l'anthropologie sociale dans les années 1950-1980, tant en Inde qu'en Occident: Inversion du rapport hérité de l'évolutionnisme entre l'anthropologie sociale et la sociologie; renouvellement des méthodes d'enquête sur la «communauté de village»; invention du processus social de la «sanskritisation»; retournement du regard colonial et conversion raisonnée à l'anthropologie du «chez soi»; culture de la mémoire ethnographique; etc.

N'y a-t-il pas un point focal à partir duquel ces différentes avancées théoriques et méthodologiques de l'anthropologie sociale en Inde, sous la houlette d'un anthropologue «indigène», forment rétrospectivement un tout?

Au détour d'une analyse perspicace de la place historique de Srinivas entre Max Weber et nous, Triloki Madan met l'accent sur l'une de ses positions les plus fondamentales: il valorisait l'étude des comportements au détriment de l'étude des croyances:

Intellectually, Srinivas belongs to a celebrated but not uncriticized tradition in the sociological study of religion, which valorizes behaviour at the cost of belief.

Madan 2006 (référence ci-dessous): 303

Et il en propose une interprétation ethnobiographique:

I find the emphasis on observable behaviour an intriguing aspect of Srinivas's methodology and would like to dwell on it briefly. We are told by A.M. Shah that Srinivas's impressionable childhood was spent in the setting of a long house in the city of Mysore in which five Sri Vaishnava Brahman families had their abode… Writing himself about the life of the Brahman families of the village of Rampura, Srinivas observes that it was ‘permeated by ritual’… so must have been, one imagines, the daily life of his own natal household. The preoccupation of the Brahman householders everywhere with karmakânda, that is with the performance of life-cycle rituals, is well known. Moreover, the karmakânda is behaviouristic in so far as the efficacy of the mantra is believed to lie in the utterance and [the correct performance] of the associated bodily movements and gestures… Any search for the meaning of the ritual act as a whole is considered redundant if not injurious to the purpose of the ritual.

Madan 2006: 302

Cette approche de l'anthropologie sociale polarisée entre l'étude des comportements et l'étude des croyances nous semble très éclairante, et, par contraste avec les orientalistes occidentaux venu(e)s d'horizons chrétiens et religieusement engagé(e)s qui, à la même époque, valorisent au contraire, dans l'hindouisme, l'étude des croyances au détriment de l'étude des comportements, Srinivas, l'indigène, opère un renversement décisif.

 

Lectures proposées

(Dossier ‘Srinivas’)

deshpande_srinivas_interview.pdf — Satish Deshpande, M.N. Srinivas on sociology and social change in India: Extracts from an interview, Contributions to Indian Sociology, n.s., Volume 34, Number 1, January-April 2000, pp. 105–117.

deshpande_srinivas.pdf — Satish Deshpande, Fashioning a Postcolonial Discipline: M.N. Srinivas and Indian Sociology, in Patricia Uberoi, Nandini Sundar & Satish Deshpande, Eds., Anthropology in the East. Founders of Indian Sociology and Anthropology, Ranikhet, Permanent Black, 2007, pp. 496–536.

madan_from_srinivas_to_weber.pdf — T.N. Madan, The Sociology of Hinduism. Reading Backwards from Srinivas to Weber [2006], repris dans T.N. Madan, Images of the World. Essays on Religion, Secularism, and Culture, New Delhi, OUP, 2006, pp. 294-318.

srinivas_dominant_caste.pdf — M. N. Srinivas, The Dominant Caste in Rampura, American Anthropologist, New Series, Vol. 61, No. 1. (Feb., 1959), pp. 1-16.

srinivas_mysore_village.pdf — M.N. Srinivas, The Social Structure of a Mysore Village, First published in McKim Marriott (ed.), Village India. Studies in the Little Community, Chicago, CUP, 1955, pp. 1-35. Scanné ici sur la réimpression dans: M.N. Srinivas, Collected Essays, New Delhi, OUP, 2002, pp. 40-73. Traduction française par Joël Dusuzeau: M.N. Srinivas, Le système social d'un village du Mysore, dans Roland Lardinois (Textes réunis et présentés par). Miroir de l'Inde. Etudes indiennes de sciences sociales, Paris, Ed. de la MSH, 1988, pp. 49-89. (Nous ajoutons au PDF de la version originale la bibliographie de la p. 89 de la version française.)

srinivas_practicing_anthropology.pdf — M. N. Srinivas, Practicing Social Anthropology in India, Annual Review of Anthropology, Vol. 26. (1997), pp. 1-24.

srinivas_sanskritization.pdf — M. N. Srinivas, A Note on Sanskritization and Westernization, The Far Eastern Quarterly, Vol. 15, No. 4. (Aug., 1956), pp. 481-496.

 

(Pour mémoire, voici les dates de quelques livres de Srinivas)

Religion and Society Among the Coorgs of South India (1952)
Social Change in Modern India (1966)
The Remembered Village (1976)