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Les Angles de l'Asie
Asie méridionale et orientale: Terrains, textes et sciences sociales

L'irrigation, les terres sèches et les terres humides
“Drylands Irrigation in a Wetlands Area”: Enquête d'Aslewacaur au Népal

 

Olivia Aubriot, L'eau miroir d'une société. Irrigation paysanne au Népal central,
Paris, CNRS Editions, 2004

Résumé dans:

aubriot_sabatier.pdf — Olivia Aubriot et Jean-Luc Sabatier, Drylands Irrigation in a Wetlands Area: The Example of Aslewacaur in Central Nepal, dans Hermann Kreutzmann (Edited by), Sharing Water. Irrigation and Water Management in the Hindukush, Karakoram, Himalaya, Oxford, OPU, 2000, pp. 259–271. (Dossier Eau-Pluie-Rivière > Irrigation.). Les auteurs sont des ingénieurs agronomes ouverts aux sciences sociales concernant la «gestion sociale de l'eau» (social water management) dans le monde tropical.

Extraits dans:

aubriot_irrigation.pdf — Extraits d'Olivia Aubriot, L'eau miroir d'une société. Irrigation paysanne au Népal central, Paris, CNRS Editions, 2004.

Ethnographie des riziculteurs d’Aslewacaur, au Népal central. On cultive le riz pendant la saison des pluies (juillet-septembre), le blé et le maïs en hiver et en été. Cependant, même sous la mousson, il faut irriguer pour cultiver le riz (wet rice cultivation). Sophistication du système d’irrigation. La problématique est introduite par la formulation d’«un premier paradoxe: comment expliquer ce partage précis et contraignant [de l’eau] — selon un procédé très similaire à celui observé dans des milieux arides — alors qu’à Aslewacaur l’eau est en quantité suffisante pour alimenter toutes les rizières? La minutie du partage de l’eau est en effet souvent expliquée dans la littérature par la rareté de la ressource, selon l’association: plus l’eau serait rare, plus sa distribution serait bien structurée et organisée» (p. 12). Olivia Aubriot s'insurge contre cette interprétation déterministe et utilitariste. Elle met en évidence «une logique sociale» (p. 13) et «une référence cosmique» (p. 15).

«L’une des conclusions étonnantes du présent travail est en effet que le modèle [de partage de l’irrigation d’Aslewacaur] repose sur une construction intellectuelle subtile qui combine deux référents abstraits: l’un, social, se rapporte à la parenté et l’autre, symbolique, à l’ordre cosmique» (p. 13).

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Chapitre 3
SEGMENTER LE TEMPS D'IRRIGATION A L'IMAGE DE LA SOCIETE LOCALE

Le canal d'Aslewacaur, long et fragile, maintenu en état grâce aux efforts de tous les ayants droit du réseau, alimente un chevelu de canaux et une multiplicité de parcelles. Au caractère collectif, unificateur et unitaire du canal principal s'opposent les aspects d'atomisation du parcellaire et de fractionnement du partage de l'eau. Ce contraste est renforcé par un autre, plus visuel: le canal est fragile, transportant pourtant l'eau qui irrigue un vaste et imposant espace rizicole. Ainsi, après ses six kilomètres de course dans le canal principal (mul kulo), l'eau est répartie à débit égal dans trois canaux secondaires, à l'aide d'un partiteur (sãco, littéralement «clé»). Ensuite, l'irrigation de chaque parcelle est minutée. Une grande différence de gestion s'observe toutefois dans la pratique entre les six premières semaines suivant le repiquage du riz (jusqu'à mi-septembre) et après. En effet, l'irrigation pendant la période de tallage du riz — qui représenle l'époque de la pousse des tiges secondaires. ou talles, à partir de la tige principale — est considérée comme essentielle pour l'obtention d'une bonne récolte. Les riziculteurs évitent alors tout assèchement prolongé de la rizière et respectent les durées d'irrigation qui leur sont imparties. En revanche, à partir de mi-septembre, les pratiques sont plus diversifiées et beaucoup plus souples: certains n'irriguent pas systématiquement leur rizière…»