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Les Angles de l'Asie |
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Le destin du sanskrit Pascale Haag (EHESS) Les musulmans entrent en Inde par vagues successives dès le premier siècle de l’Islam (à partir de 711). Au début du XIe siècle, la ville de Lahore, conquise par Mahmud de Ghazni, devient la première capitale musulmane indienne, ce qui marque le début de la domination musulmane sur le sous-continent. Plusieurs dynasties turco-afghanes s’y établissent de façon durable et règnent à partir de Delhi de 1210 à 1526 (Sultanat de Delhi). L’empire moghol est fondé en 1526 par le premier des «Grands Moghols», Bābur, qui règne jusqu’en 1530. à sa mort, son fils Humayun devient empereur (1530-1540 et 1555-1556), puis Akbar (1556-1605), Jahāngīr (1605-1627), Shāh Jahān (1628-1658) et Aurangzeb (1658-1707). Leurs successeurs, dont l’action n’a pas eu la même influence, sont simplement dits «Moghols». Ils seront supplantés par les Britanniques en 1857. L’arrivée de souverains musulmans constitue pour la société indienne un bouleversement sans précédent. L’Inde est en effet composée à cette époque de petits royaumes dirigés par des souverains hindous (rāja), perpétuellement en guerre les uns contre les autres. L’organisation sociale y est fondée sur le système des castes et le rôle du souverain consiste à gouverner le pays et ses sujets conformément au dharma, c’est-à-dire à l’«ordre socio-cosmique» universel. Dans cette perspective, la fonction du roi est indissociable et complémentaire de celle du brahmane. Ce dernier, qui occupe le rang le plus élevé dans la hiérarchie des castes, est le dépositaire de la tradition et le garant de la norme. Il est aussi et surtout spécialiste du sanskrit, qui est la langue des textes religieux, mais également de l’ensemble de la littérature savante, depuis la philosophie aux belles lettres, en passant par les mathématiques, le droit, la médecine ou l’art de dresser les éléphants. Quel a été le sort réservé à la production littéraire, religieuse et philosophique d’expression sanskrite dans le nouveau contexte socio-politique? Dans quelle mesure les savants ont-ils eu à s’adapter aux exigences de leurs nouveaux mécènes et ont-ils bénéficié des contacts avec le monde persan favorisés par la cour des Moghols? Quel regard les souverains musulmans ont-ils porté sur la culture et les religions de la majorité de leurs sujets? Loin d’avoir été un moment de déclin des traditions lettrées indiennes, la période moghole se caractérise par un essor culturel remarquable et une production florissante dans le domaine de l’érudition sanskrite. Nous nous attacherons au cours de cette séance à décrire, analyser et expliquer les principales manifestations de ce phénomène: retour aux textes fondateurs, création de nouvelles écoles, rédaction de commentaires et diffusion de la forme du manuel, traductions en persan, etc.
Afin de mieux appréhender les influences réciproques résultant d’échanges entre lettrés de traditions différentes, l’exposé de Pascale Haag sera complété par celui de Thibaut d’Hubert: Dialogue entre les traditions persane, sanskrite et bengalie Au cours de la période moghole, dans le Nord-est de l’Inde, trois langues avaient le statut de langue littéraire: le sanskrit, le persan et le bengali. L’éducation dans le domaine des lettres passait donc par l’usage de deux ou trois de ces langues. A travers l’exemple de la littérature bengalie produite par des auteurs musulmans d’Arakan, royaume bouddhiste aux marges de l’empire moghol, nous proposons d’étudier le rôle de l’érudition sanskrite dans la réception de classiques de la littérature persane et dans leurs traductions en bengali.
Références bibliographiques Lectures obligatoires ali_translations_akbar.pdf — Ali, M. Athar, Translations of Sanskrit Works at Akbar’s Court, Social Scientist, Vol. 20, No. 9/10, October 1992, pp. 38-45. rao_shulman_subrahmanyam.pdf — Rao Velcheru Narayana, Shulman David et Subrahmanyam, Sanjay, “Introduction: A Palette of Histories,” in Textures of Time: Writing History in South India 1600–1800, New Delhi, Permanent Black, 2001, pp. 1–23. Lectures complémentaires Chattopadhyaya, Brajadulal, Representing the Other? Sanskrit Sources and the Muslims (Eighth to Fourteenth Century), New Delhi, Manohar, 1998. moosvi_mughal_vedanta.pdf — Moosvi, Shireen, The Mughal Encounter with Vedanta: Recovering the Biography of ‘Jadrup’, Social Scientist, Vol. 30, No. 7/8, July-August 2002, pp. 13-23. raghavan_integration.pdf — Raghavan, V., Variety and Integration in the Pattern of Indian Culture, The Far Eastern Quarterly, Vol. 15, No. 4, August 1956, pp. 497-505. talbot_hindu-muslim_identities.pdf — Talbot, Cynthia, Inscribing the Other, Inscribing the Self: Hindu-Muslim Identities in Pre-Colonial India, Comparative Studies in Society and History, Vol. 37, No. 4, October 1995, pp. 692-722.
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