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Les Angles de l'Asie |
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Retour à l'introduction: Culture et personnalité. Du Japon à l'Inde
L'école Culture et personnalité dans le domaine AMO Francis Zimmermann Plaçons en exergue de notre réflexion et de nos lectures, une citation quelque peu galvaudée de Clifford Geertz datant de 1976:
Sans remonter à Homo hierarchicus (1966) qui inventa cette problématique parallèlement et indépendamment de la tradition américaine, un premier objectif de ce séminaire est de rappeler que la définition de l'individu et des frontières de l'individualité, dans les aires culturelles du domaine AMO, fit l'objet de nombreux travaux américains à partir de 1976, qui tiraient leur inspiration de l'école Culture and personality. J'ouvre plusieurs dossiers spécialisés sans hésiter à proposer un choix abondant de textes placés dans la bibliothèque numérique. A chacun d'y faire son miel suivant qu'on s'intéresse au Japon ou à l'Inde, à l'histoire contemporaine ou à la philosophie indienne classique, à la recherche fondamentale ou à la recherche appliquée, etc.
1 / “National character” et aires culturelles. Le cas Japon Dans le champ universitaire des Area studies aux Etats-Unis, l'effort de guerre et les urgences de la politique étrangère conduisirent dans les années quarante à développer des programmes de langues — McKim Marriott fut d'abord traducteur de japonais dans l'armée américaine avant d'étudier le hindi — mais aussi ce qu’on appelle l'étude des deep concepts spécifiques de telle ou telle aire culturelle. Les Area studies se fondent donc sur un présupposé essentialiste, le quadrillage du monde en zones culturelles plus ou moins homogènes et caractérisées par des catégories spécifiques de pensée et de langue. Tel est le contexte épistémologique et politique dans lequel les anthropologues de l'école Culture et personnalité produisirent à l'intention des autorités politiques et des diplomates des enquêtes sur le «caractère national» dans telle ou telle société d'Asie ou d'Océanie relevant de l'aire d'influence américaine dans le Pacifique. C'est pour remplir une commande de l'Office of War Information que Ruth Benedict publia The Chrysanthemum and the Sword: Patterns of Japanese Culture en 1946. L'objectif était de comprendre et de prédire le comportement des japonais en guerre puis après la guerre. Dans le regard rétrospectif que nous portons sur Le Chrysanthème et l'épée, les critiques, les controverses et les déconstructions qui se sont enchaînées depuis les années cinquante peuvent être contextualisées et historiquement situées. C'est une leçon de méthode pour l'étude du domaine AMO. Un site web des étudiants de William Kelly à Yale: http://pantheon.yale.edu/%7ejep39/500a_home.html
Quelques lectures recommandées
2 / “Karma and Rebirth.” La Personne et le poids des actes (1976–1986) C'est en 1976 que démarre ce qui rétrospectivement apparaît comme l'application la plus féconde du modèle Culture and personality dans le domaine AMO: les recherches collectives sur le Karma, richement financées par de grandes fondations américaines. Rencontre préparatoire à Lake Wilderness (Seattle), 22-23 octobre 1976, suivie de deux conférences sur le Karma en 1977 et 1978, qui seront publiées dans Wendy Doniger O'Flaherty, ed., Karma and Rebirth in Classical Indian Traditions, Berkeley, 1980 et dans Charles F. Keyes & E. Valentine Daniel, eds., Karma. An Anthropological Inquiry, Berkeley, 1983. C'était un ambitieux projet de recherche interdisciplinaire — associant anthropologues, historiens et philosophes — sur la notion de Personne en Asie du sud et sur les concepts hindous et bouddhiques de Karma (le poids des actes) et de Samsâra (la roue des renaissances). Les deux ouvrages collectifs publiés par Wendy Doniger O'Flaherty (1980) et par Charles F. Keyes et E. Valentine Daniel (1983), qui sont des classiques et des lectures indispensables pour les indianistes, furent plus tard suivis d'un troisième: Ronald W. Neufeldt, Ed., Karma and Rebirth, Post-Classical Developments, Albany, SUNY Press, 1986, qui est moins connu et moins important pour l'Inde mais qui contient de précieux chapitres sur le bouddhisme chinois et tibétain. Le choix de textes mis en lecture privilégie d'un côté le modèle théorique Culture et personnalité qui sous-tend le projet Karma et de l'autre la diversité des aires culturelles.
Quelques lectures recommandées
3 / “Ethnosociology.” Les Catégories de pensée et de langue (1976–1989) Le projet Karma naquit en partie de la rencontre d’un anthropologue (McKim Marriott, Chicago) et d’un philosophe de l’Inde (Karl Potter, University of Washington à Seattle) et Marriott fut l'animateur des débats les plus passionnés sur les distinctions, pertinentes ou non selon les langues et les cultures, entre les trois connotations du mot personne (en français ou en anglais): l'identité, l'unité et l'unicité. Il venait d'exposer le problème dans un texte publié en 1976. Un quatrième ouvrage est venu logiquement compléter la série des publications issues des débats de l’époque: McKim Marriott, Ed., India Through Hindu Categories, New Delhi, Sage, 1990 [réimpression d’un numéro thématique des Contributions to Indian Sociology, n.s., vol. 25, no. 1, 1989 augm. d’une Introduction, pp. xi-xvi, qui marque la place de «l’Ecole de Chicago» dans le projet ethnosociologique]. C'est un renouvellement radical et salutaire de la problématique Culture et personnalité opéré en réhabilitant l'étude des langues de terrain. La thèse selon laquelle les gens d'un même milieu partagent le même éthos est bien toujours centrale dans l'ethnosociologie développée par McKim Marriott. Mais il rompt avec l'européo-centrisme des Ruth Benedict et consorts. “Benedict had applied European typologies to diverse tribal peoples, interposing Western assumptions of ideal and impulse for which she presented no native evidences,” écrit-il en 1992 (*). A l'inverse, toute enquête part désormais des catégories de pensée exprimées dans les langues vernaculaires et plus encore dans les langues de civilisation propres aux milieux sociaux et culturels considérés. (*) McKim Marriott, Alternative Social Sciences, dans John McAloon, Ed., General Education in the Social Sciences: Centennial Reflections, Chicago, UCP, 1992, pp. 262–278; sp. p. 265.
Quelques lectures recommandées
Le texte classique de Attipat K. Ramanujan, “Is There an Indian Way of Thinking? An Informal Essay,” occupe une place à part dans la collection rassemblée par McKim Marriott en 1989 qui marque le point d'orgue de l'entreprise d'une ethnosociologie de l'Inde hindoue. Cette contribution, dans India Through Hindu Categories, rapproche l'ethnopoétique de l'ethnosociologie et fait la transition entre les recherches sur la personnalité collective ou les traits spécifiques d'une culture (séminaire du 19 janvier) et les recherches sur l'affectivité — “Self and Emotion” — qui seront présentées ultérieurement.
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