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Les Angles de l'Asie

Astrologie—1

L’astrologie, des textes à l’enquête de terrain

Caterina Guenzi

5 janvier 2010

Combinant l’étude des mathématiques, de l’astronomie, de l’astrologie et de la divination, la « science astrale » (jyotiḥśāstra) fait l’objet de l’un des plus imposants corpus textuels de la littérature sanskrite, tant par le nombre de traités composés que par la variété des savoirs qu’elle regroupe. Utilisé depuis l’époque védique afin d’identifier les moments appropriés pour la célébration des rituels et de toute autre activité importante, le savoir astral, inextricablement lié à l’exercice de la prêtrise, est tenu pour indispensable par les représentants de l’autorité religieuse que sont les brahmanes. Les neuf planètes (navagraha) décrites dans les traités d’horoscopie sont des divinités du panthéon hindou dont la représentation anthropomorphe est visible dans les temples des différentes régions de l’Inde et, de nos jours comme par le passé, elles font l’objet de récits mythologiques et de rituels de propitiation.

Malgré ses racines solidement implantées dans la tradition brahmanique, la popularité de l’astrologie ne semble nullement décliner face au prestige croissant associé aux nouvelles technologies et au progrès scientifique dans l’Inde contemporaine. Aux yeux des classes moyennes et des élites de milieu urbain, les horoscopes — qui sont basés sur des calculs mathématiques et peuvent être rédigés à l’ordinateur — incarnent une heureuse combinaison de rationalité scientifico-technologique et d’autorité religieuse. L’adaptation réussie de cette discipline traditionnelle à la société d’aujourd’hui est également attestée par les départements d’astrologie qui, dans plusieurs universités indiennes, côtoient les facultés de physique, biologie et ingénierie.

Comment l’horoscopie (horāśāstra), une théorie dont les principes fondamentaux ont été fixés dans des traités sanskrits au début de notre ère, est-elle utilisée, adaptée et transformée de nos jours, afin de rendre compte des destinées complexes des classes moyennes indiennes d’aujourd’hui ? Comment la validité de ce savoir transmis depuis des siècles dans le respect de l’autorité textuelle est-elle reformulée dans le cadre de nouvelles configurations épistémologiques et sociales ? Ce séminaire abordera ces questions à travers une analyse de la théorie de l’horoscope telle qu’elle est définie dans les traités sanskrits et telle qu’elle est appliquée à la résolution de cas concrets lors des consultations astrologiques à Bénarès. Une attention particulière sera consacrée à certains concepts astrologiques qui, dans leurs déclinaisons sémantiques respectivement dans les sources sanskrites et dans les interactions quotidiennes en hindi, permettent de suivre de manière privilégiée l’articulation entre théorie textuelle et pratiques contemporaines.

 

Textes mis en lecture

Dossier Astrologie.

chenet_karma_astrologie.pdf — François Chenet, Karma et astrologie: un aspect méconnu de l'anthropologie indienne, Diogène [Paris, Gallimard], Volume 33, Numéro 129, 1985, pp. 103–129.

kapadia_astrology_gender.pdf — Karin Kapadia, Siva and Her Sisters. Gender, Caste, and Class in Rural South India, Boulder, Westview, 1995, Chapter 4: Blood Across the Stars: Astrology and the Construction of Gender, pp. 68–91.

madan_subha_suddha.pdf — Triloki N. Madan, Concerning the categories subha and suddha in Hindu culture. An exploratory essay, dans Joan B. Carman and Frédérique A. Marglin, Eds., Purity and Auspiciousness in Indian Society, Leiden, Brill, 1985, pp. 11–29. Repirs dans: T. N. Madan, Non-Renounciation. Themes and Interpretations of Hindu Culture, Delhi, OUP, 1987.

pugh_astrology_fate.pdf — Judy F. Pugh, Astrology and Fate: The Hindu and Muslim Experiences, dans Charles F. Keyes and E. Valentine Daniel, Eds., Karma. An Anthropological Inquiry, Berkeley, University of California Press, 1983, pp. 131–146.